La formation continue des médecins décriée

Les syndicats montent au créneau contre l’ANDPC

LA FORMATION CONTINUE DES MÉDECINS DÉCRIÉE PAR LES PRATICIENS

Les syndicats montent au créneau contre l’Agence d’Etat chargée de son pilotage, jugée trop technocratique.

28.12.2020 - MARIE-CÉCILE RENAULT

SANTÉ C’est un coup de gueule pour dénoncer la machine administrative. La récente démission de Jean-François Thébaut, président du Haut Conseil du développement professionnel continu (DPC), met en évidence la nécessité de revoir l’organisation de la formation continue des médecins libéraux. Un enjeu important pour la qualité des soins.

Les praticiens ont en effet le devoir de s’informer des progrès de la médecine nécessaires à leur activité, le code de déontologie médicale exigeant qu’ils donnent des soins « conformes aux données acquises de la science ».

Financée par l’Assurance-maladie, la formation conventionnelle, longtemps gérée par un organisme paritaire entre syndicats médicaux et représentants des pouvoirs publics, est depuis 2016 pilotée par une structure étatique : l’Agence nationale pour le développement professionnel continu (ANDPC). Dotée d’un budget qui devrait atteindre 193,9 millions d’euros en 2021, l’agence finance la formation continue des 110 000 médecins libéraux, et de neuf autres professions de santé libérales (kinés, dentistes, infirmiers…).

Mais, très vite, les difficultés sont apparues. « L’ANDPC est devenue une grosse structure très bureaucratique, regrette le Dr Jean-Paul Ortiz, président de la CSMF, premier syndicat de médecins. Les organismes de formation sont obligés de présenter des dossiers très compliqués dans lesquels ce n’est pas la qualité de la formation qui prime, mais le fait que tel papier manque ou que telle ligne est mal remplie. » Demandant au gouvernement « d’agir pour mettre fin au malaise », il juge urgent de « revoir la gouvernance » et de mettre en place un directeur médical à côté du directeur administratif.

« Encore une fois, la technostructure a pris le pas sur les professionnels de santé, conforte le Dr VERMESCH, président du syndicat des médecins libéraux (SML). Dès le départ, le ver était dans le fruit. C’était à la profession, et non à une agence d’État, de prendre en charge les besoins de formation des libéraux. »

Les syndicats dénoncent aussi la faiblesse des moyens : en quelques années, le temps de formation indemnisé est passé de 8 à 6 jours par an, puis à 4, puis à 21 heures annuelles. En outre, le champ des formations indemnisées s’est réduit pour correspondre aux orientations prioritaires de l’ANDPC. Ainsi, aucune formation sur le ­Covid-19 n’a été proposée par l’ANDPC en 2020.

Formations Covid refusées
« L’agence nous a refusé des formations Covid car ce n’était pas dans ses orientations, qui sont définies tous les trois ans », fustige Philippe VERMESCH. Les médecins désireux de se former sur le virus ont dû se rabattre sur le Fonds d’assurance formation de la profession médicale (FAFPM), financé par les cotisations annuelles des médecins. Dans un référé de 2019, la Cour des comptes avait pointé des dysfonctionnements dans le pilotage et le financement du développement professionnel continu. Elle jugeait le dispositif « flou », insuffisamment « encadré », et estimait que les « contrôles lacunaires » ne permettaient pas de s’assurer de la réalité ni du contenu des actions de formation suivies.

La Cour a également reproché à l’Ordre des médecins de ne pas assez vérifier le respect des obligations de formation continue alors que, selon l’ANDPC, moins de 20 % d’entre eux satisfont à cette obligation.