Pilule

Madame Touraine, Professeur Maraninchi, et si vous vous trompiez ?
Publié le 16/02/2013

Dr Gilles Haroche, Directeur de la rédaction
Détenir le portefeuille ministériel de la Santé ou diriger une grande agence sanitaire font sans nul doute partie des missions les plus délicates qui puissent être. Et avant chaque décision à ces postes éminents on conçoit que la main puisse trembler au souvenir des scandales sanitaires qui ont émaillé l’actualité ces dernières décennies. Aussi faut-il toujours être tolérant lorsque l’on prend connaissance de mesures de santé publique prises par ces autorités, même si elles nous paraissent inadaptées.
En contrepartie de cette "indulgence" est-il possible de demander à Madame Touraine et au Professeur Maraninchi de réexaminer le bien-fondé de certaines de leurs décisions à la lumière de l’avis défavorable de l’immense majorité du corps médical.
Nous voulons parler ici bien sûr de la réaction du Ministère de la santé et de l’ANSM dans ce qu’il faut bien appeler "l’affaire" des pilules de 3ème et 4ème génération. On se souvient en effet qu’à l’occasion de la plainte pénale de quelques patientes victimes d’accidents thrombo-emboliques qui auraient été provoqués ou favorisés par des pilules de 3ème ou de 4ème génération, les autorités sanitaires ont mis en cause une dérive des prescriptions, ont désigné comme responsables de ces dérives l’industrie pharmaceutique et les praticiens, ont décidé de mesures de déremboursement et de limitations des indications et ont demandé à l’Europe une réévaluation des AMM de ces produits.
Il ya quelques jours nous avions donné la parole à ces mêmes praticiens en demandant à nos lecteurs leurs points de vue sur la réaction du Ministère de la santé sur cette question. L’avis du corps médical (1) a été quasi unanime puisque 85 % des répondeurs (sur 736) ont estimé que cette réaction avait été disproportionnée, 6 % seulement la trouvant adaptée et 8 % insuffisante.
Cette opinion très négative du corps médical (2) exprimée dans notre sondage va d’ailleurs dans le même sens que celle de certains responsables du Planning familial (3), de plusieurs chefs de service de gynécologie qui se sont exprimés ici et là (notamment sur le Jim [4]), et dans une certaine mesure des réserves émises par le CNGOF (Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français) ainsi que de la réticence des autorités sanitaires européennes sollicitées sur ce sujet par la France.
Soit le corps médical est corrompu, influençable et/ou ignorant...
Certes trois interprétations pourraient expliquer ce "non" franc et massif et ainsi conforter la position de Marisol Touraine et de Dominique Maraninchi sur cette question.
1) L’ensemble des médecins, des pharmaciens et des infirmières qui ont bien voulu répondre à notre sondage seraient sous l’influence financière directe de l’industrie pharmaceutique et leur position n’est donc que le reflet de la défense de leurs intérêts matériels bien compris.
2) Le corps médical, n’est certes pas corrompu mais subit l’influence souterraine de cette même industrie et, sans bien le comprendre, ne fait que répéter les leçons qu’elle lui a inculquées.
3) Médecins, pharmaciens et infirmières ne sont ni vénaux, ni sous influence, mais simplement ignorants.
...soit il est peut-être dans le vrai
Mais il est une autre explication possible de ce rejet de la politique des autorités sanitaires dans l’affaire des pilules de 3ème et de 4ème génération par les professionnels de santé que Madame Touraine et le Professeur Maraninchi pourraient utilement envisager.
En s’appuyant sur les quelques années d’étude qui les ont conduit à leur diplôme, sur leur expérience clinique (parfois très longue) auprès des femmes, sur leur lecture de la presse médicale française et internationale et sur leur fréquentation des congrès médicaux, les membres du corps médical jugent (comme ceux qui ont délivrés les AMM en France et dans les autres pays développés), peut-être à juste titre, que les bénéfices attendus de ces médicaments sont supérieurs à l’augmentation modeste du risque thrombo-embolique (par rapport aux pilules de 2ème génération) qui leur est attribuée.
Madame la Ministre, monsieur le directeur, une majorité peut bien sûr être dans l’erreur et nous ne voulons pas insinuer que le bon choix en matière de politique de santé doit être soumis à la dictature des sondages. Mais une telle opposition massive, sur une question non idéologique mais médicale, devrait peut-être vous inciter à envisager l’hypothèse (audacieuse ?) selon laquelle vos contradicteurs pourraient être dans le vrai... et vous dans l’erreur ou tout au moins l’excès.
Notes
1) Ce sondage a été réalisé du 20 janvier au 12 février 2013 sur JIM.fr auprès de 736 professionnels de santé français inscrits sur le site. Les résultats ont été publiés sans aucun redressement.
Les répondeurs, bien "qu’autodésignés", sont, selon toutes nos analyses antérieures, parfaitement représentatifs de l’ensemble de notre lectorat.
Par ailleurs, la "représentativité" des lecteurs du JIM par rapport à la population générale des médecins, des pharmaciens et des infirmières est attestée : plus de 240 000 professionnels de santé sont inscrits sur notre site soit plus de 2 médecins exerçant en France sur 3 et plus d’un pharmacien sur 2.
Enfin, de façon empirique, la comparaison des enquêtes en ligne conduites sur notre site avec des sondages portant sur des thèmes identiques réalisés par des instituts utilisant la méthode des quotas a montré des résultats très proches.
2) "Exclusif : pour 85 % des professionnels la réaction du ministère sur les pilules de 3ème génération est « disproportionnée »". Jim.fr le 12/2/2013
3) "Retrait de Diane 35 : le Planning familial a du mal à avaler la pilule" Jim.fr le 4/2/2013
4) "Ce que cache la polémique sur la contraception". Jim.fr le 18/1/2013

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