l’Ordre sème le désordre

Euthanasie : l’Ordre sème le désordre
Publié le 15/02/2013 JIM.fr est réservé aux professionnels de santé. Ces derniers doivent être identifiés comme tels pour accéder à l’ensemble des pages du site. A titre exceptionnel, cette rubrique est accessible sans login et mot de passe. Toutefois, sur ces pages Pro et Société, les lecteurs non logués ne seront pas exposés à des publicités pharmaceutiques et devront s’identifier pour accéder aux autres rubriques médicales du site JIM.fr.

Euthanasie : l’Ordre sème le désordre
Publié le 15/02/2013

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Paris, le vendredi 15 février 2013 – Hier, à la différence d’autres instances médicales, l’Ordre des médecins estimait pour la première fois que la Loi Leonetti sur l’accompagnement de la fin de vie ne permettait pas de répondre à toutes les situations et à toutes les demandes. Aussi, suggérait-il que face à des « situations exceptionnelles non prises en compte dans l’état actuel de la loi », en cas de « requêtes persistantes, lucides et réitérées de la personne, atteinte d’une affection pour laquelle les soins curatifs sont devenus inopérants et les soins palliatifs instaurés (…) une sédation, adaptée, profonde et terminale délivrée dans le respect de la dignité pourrait être envisagée, par devoir d’humanité, par un collège dont il conviendrait de fixer la composition et les modalités de saisine ».
L’Ordre ouvre la porte au suicide assisté pour les uns…
Cette prise de position inédite de l’Ordre des médecins aurait pu réconcilier partisans et opposants à « l’euthanasie ». Les premiers auraient pu saluer ce geste de l’instance ordinale, alors que la réticence de la communauté médicale sur ces questions est souvent reprochée par les « militants », tandis que les seconds auraient pu se satisfaire de cette proposition de consensus. Que nenni : cet avis a semble-t-il eu pour seul mérite de réunir en un même front opposants à la légalisation de l’euthanasie et partisans.
Chez les premiers, l’audace de l’Ordre est perçue comme dangereuse. Interrogé par l’Express, le professeur Denys Pellerin membre de l’Académie de médecine et qui avait apporté une « contribution » au rapport du professeur Sicard en décembre, contribution très hostile à l’idée d’euthanasie, s’inquiète de la mise sur le même plan par l’Ordre des « agonies prolongées » et des « douleurs psychologiques incontrôlables ». « Les premières correspondent à une situation de fin de vie où la mort est déjà proche et dans laquelle il n’existe pas de traitement susceptible de guérir le patient. Et c’est justement le rôle d’un médecin que d’accompagner son maladie jusqu’au bout. En revanche, les douleurs psychologiques évoquées renvoient à la notion d’"arrêt de vie", ce qui n’est pas du tout la même chose. C’est la porte ouverte au suicide médicalement assisté. Et il n’entre pas dans la mission du médecin de provoquer délibérément la mort » observe-t-il. Plus généralement, le professeur Pellerin considère que l’Ordre risque de « relancer l’incompréhension sur ce qu’il convient – ou pas – de faire ».
… et réinvente l’eau froide pour les autres !
A en lire les réticences très marquées de ceux qui refusent toute euthanasie, on pourrait penser, un peu vite, que ceux qui défendent son autorisation doivent se réjouir. Mais la réponse est parfaitement inverse. Pour Jean-Luc Romero, président de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD), l’Ordre a « réinventé l’eau froide ». Il signale en effet que les sédations profondes sont autorisées dans le cadre de la loi Leonetti et que dès lors l’instance ordinale semble se faire l’apôtre à très bon compte d’une soi disante révolution. Jean-Luc Romero s’inquiète également du fait que l’Ordre préconise une décision médicale collégiale, ce qui risquerait selon lui de limiter plus encore le pouvoir de décision individuel des malades. « Ils savent que le gouvernement est en train de travailler sur un projet de loi et ils ont extrêmement peur qu’on en arrive à l’euthanasie ou au suicide assisté et donc ils essaient de prendre des positions pour exister dans ce débat » analyse-t-il, sévèrement.

Aurélie Haroche