Ministère de la Santé : les coulisses d’un non changement

Le maintien de Marisol TOURAINE au ministère de la Santé en a surpris plus d’un...

Paris, le vendredi 11 avril 2014

Nous le soulignions de nouveau hier, le maintien de Marisol Touraine au ministère de la Santé en a surpris (sinon agacé) plus d’un. Beaucoup y ont vu un signe du mépris des deux têtes de l’exécutif, qui par cette absence de changement semblaient faire peu de cas de la colère et de l’inimité des professionnels de santé à l’égard de Marisol Touraine. L’amertume a été d’autant plus vive que pendant une semaine la « Santé » ne figurait même plus dans les attributions de Marisol Touraine, ce qui pouvait laisser croire à une disparition pure et simple du ministère.

Un énarque médecin aux petits soins de François Hollande

Comme certains l’avaient suggéré (espéré) l’éclipse de la Santé cachait la volonté de François Hollande et de Manuel Valls de confier l’Avenue de Ségur à une personnalité différente. Mais, comme le révèle aujourd’hui le Point, les deux têtes de l’exécutif avaient chacun leur candidat. Le favori de François Hollande était le docteur Aquilino Morelle, qui fut sa plume préférée pendant la campagne présidentielle. Cet énarque et médecin qui est actuellement le chef du pôle communication de l’Elysée a longtemps été inspecteur général des affaires sociales. Il a ainsi pu mettre sa sagacité au service de l’élucidation de plusieurs grands scandales sanitaires de ces dernières décennies : le sang contaminé (il fut l’auteur d’un rapport révélant l’existence de collectes de produits sanguins en prison) et l’affaire Mediator. Le nom d’Aquilino Morelle pour prendre la tête du ministère de la Santé avait déjà été évoqué après la victoire de François Hollande, mais ce dernier semblait à l’époque avoir préféré le conserver dans son giron. Avec la nomination de Jean-Pierre Jouyet comme secrétaire général de l’Elysée, certains dont la journaliste politique du Point, Sihem Souid, considéraient qu’Aquilino Morelle risquait de jouir d’une aura moins importante ; changement qui n’aurait pas échappé à François Hollande qui aurait alors de nouveau songé à la Santé pour son compagnon d’arme.

Jean-Marie Le Guen, un mauvais signal

Cependant, bien qu’il soit comme lui un fils d’immigrés espagnols, Manuel Valls préférait à Aquilino Morelle un autre candidat : Jean-Marie Le Guen. Médecin également, l’actuel président du conseil de surveillance de l’Assistance publique des hôpitaux de Paris (AP-HP) a été pressenti à plusieurs reprises pour le poste de ministre (ou secrétaire d’Etat) à la Santé. Il est en effet un parfait connaisseur des dossiers intéressant cette sphère. Mais choisir le strauss-khanien qui passa quelques temps à la Mutuelle nationale des étudiants français (MNEF) déplaisait à François Hollande qui selon Sihem Souid redoutait que cette nomination soit un mauvais signal envoyé aux médecins. Jean-Marie Le Guen ne jouit pas en effet d’une réputation parfaite auprès de ses confrères. Il est en effet connu comme le défenseur de la réduction des coûts dans les hôpitaux et sa position en faveur de la transformation de l’Hôtel Dieu lui a valu bien des inimitiés chez certains praticiens de l’AP-HP.

Alors que l’ambition du gouvernement est justement une recherche d’économies, en particulier à l’hôpital, François Hollande a peut-être considéré que Jean-Marie Le Guen serait trop immédiatement perçu comme une menace.

Marisol Touraine pour départager le Président et le Ministre

Ainsi, à l’instar de ce qui a prévalu pour le ministère de l’Intérieur, les deux têtes de l’exécutif ont chacun renoncé à leur candidat pour la Santé (Jean-Marie Le Guen a gagné le secrétariat d’état aux relations avec le Parlement et Aquilino Morelle est resté à l’Elysée) et se sont tournés vers un troisième homme, ou plutôt une femme, Marisol Touraine. L’histoire ne dit pas en effet si, l’objectif auto-imposé de la parité n’a pas été un atout pour Marisol Touraine. Le ministère de la Santé est peu de choses.

Aurélie Haroche (JIM - 11.04.2014)