Deficit des hopitaux

deficit des hopitaux

JOURNAL

EDITION DU 09/01/2013 FRANCE
Médicaments, arrêts maladie : coup de frein historique pour les dépenses de santé
Par Vincent Collen | 09/01 | 07:00

Les dépenses de soins de ville ont augmenté très faiblement en 2012.
Les remboursements de médicaments et les indemnités d’arrêt maladie sont en recul.

Les chiffres que l’Assurance-maladie vient de publier sont spectaculaires. Sur les onze premiers mois de 2012, les remboursements de soins dispensés en ville ont progressé au rythme particulièrement faible de 0,5 % par rapport à la même période de 2011.
Deux gros postes de dépenses sont en net recul. Les médicaments délivrés en pharmacie, d’abord, qui régressent de 1,5 %. Aux baisses de prix massives décidées par le gouvernement Fillon s’ajoute un vif rebond des génériques, vendus 60 % moins cher que les produits de marque (« Les Echos » du 8 janvier). Les indemnités journalières versées aux salariés en arrêt de travail, ensuite. Elles sont en recul de 1,6 %, du jamais-vu depuis 2006. C’est le résultat d’un mode de calcul des indemnités moins avantageux pour les malades, entré en vigueur fin 2010. C’est probablement aussi la conséquence de contrôles plus fréquents pour limiter les abus, tant de la part des patients que des médecins prescripteurs. Enfin, la hausse du chômage pourrait expliquer en partie cette tendance : moins d’emplois, cela signifie, mécaniquement, moins de salariés absents.
Les honoraires des médecins et des dentistes sont aussi à l’arrêt. Le nombre de consultations étant à peu près stable d’une année à l’autre, les baisses des tarifs appliquées aux actes des radiologues ont produit leur effet. D’autres catégories de dépenses sont en nette hausse : les transports de patients, la kinésithérapie et surtout les soins prodigués par les infirmiers libéraux, qui ont bondi de plus de 7 %.
Historiques à première vue, ces chiffres sont à relativiser. Si l’on se réfère aux dates des soins facturés, qui reflètent mieux l’évolution de la consommation que les dates de remboursement, la hausse des dépenses au cours des onze premiers mois de 2012 serait en réalité supérieure à 1 %. Et il faut encore ajouter 450 millions d’euros de primes pour les médecins qui auront atteint certains objectifs de santé publique et de maîtrise des prescriptions. Elles seront versées en mars 2013, mais la Cour des comptes a recommandé de provisionner cette enveloppe dans les comptes de 2012.
Sous-consommation
Il n’empêche, le coup de frein est net, et il ne s’explique pas seulement pas des baisses de prix. Les volumes de soins de ville n’ont augmenté que de 2,8 % au cours des trois premiers trimestres, un point de moins que la moyenne des cinq dernières années. « Les chiffres définitifs ne seront connus qu’au printemps, mais il est d’ores et déjà certain que la progression des dépenses de soins de ville sera inférieure de 350 millions d’euros à ce qui était prévu dans la loi de financement de la Sécurité sociale », avance le directeur de l’Assurance-maladie, Frédéric Van Roekeghem. Il s’agirait de la troisième année d’affilée de sous-consommation, un bilan d’autant plus remarquable que les objectifs fixés étaient déjà très bas, et que les primes de 450 millions pour les médecins n’étaient alors pas prévues. L’année 2012 aura donc été très calme pour les dépenses publiques. Celles de l’Etat auront diminué de 200 millions d’euros par rapport à 2011.
Vincent Collen

Hôpital : des crédits vont être annulés
A l’hôpital, il est encore trop tôt pour avoir une vision exacte des dépenses de 2012, mais il semble qu’elles aient été beaucoup plus dynamiques qu’en ville. Le ministère de la Santé estime que le budget prévu dans la loi de financement de la Sécurité sociale a été dépassé de 360 à 460 millions d’euros. En conséquence, les quelque 400 millions de crédits mis en réserve en début d’année 2012, pour compenser un éventuel dérapage, n’ont pas été alloués aux hôpitaux. Et ils risquent fort d’être annulés. Ce déséquilibre, récurrent, entre la médecine de ville où les objectifs sont respectés, et l’hôpital, où les dépenses dérapent, est fustigé par la CSMF, premier syndicat de médecins libéraux. « Les crédits mis en réserve ne suffiront pas à financer la totalité de ce dérapage, si bien qu’il sera en partie supporté par les soins de ville, a déploré hier son président, Michel Chassang. Les médecins libéraux sont excédés d’être considérés comme une variable d’ajustement des déficits de l’hôpital. »

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