Budget Sécurité Sociale

Pour baisser de 3,5 milliards en un an le trou de la Sécurité sociale, le gouvernement prévoit 6,3 milliards de hausse de prélèvements et 6 milliards d’économies. Un pari qu’il n’a pas tenu cette année...

Après celui de l’État il y a deux jours, le gouvernement a présenté jeudi son projet de budget de la Sécurité sociale pour 2014. L’objectif est ambitieux : réduire sur un an de 3,4 milliards le déficit de la Sécu, à 12,8 milliards. « C’est tout simplement le meilleur résultat depuis que la crise est intervenue », s’est autofélicité Bernard Cazeneuve. Le ministre du Budget a beau compter sur les premiers effets des réformes de la famille et des retraites, le compte n’y est pas. Pas encore…
L’exemple de 2013 devrait d’ailleurs l’inciter à plus de prudence. Il y a un an, le gouvernement faisait la même promesse aux Français : une baisse de 3,5 milliards du trou de la Sécu en un an. Au final, la décrue aura été peu ou prou trois fois moindre (1,3 milliard). Pour un déficit de 16,2 milliards fin 2013, contre un objectif initial de 14 !
Pour tenir cette fois-ci son engagement et contrecarrer les effets de la mauvaise conjoncture, le gouvernement mise surtout - sans le claironner - sur une hausse des prélèvements de 6,3 milliards. Baisse du plafond du quotient familial, hausse des cotisations retraites de base et complémentaires… les deux principales recettes ont déjà été annoncées lors des réformes de la famille et des retraites. Le gouvernement y a ajouté une ultime surprise à 600 millions : l’obscure réforme du calcul des prélèvements sociaux sur les produits de placement.
L’accent est mis sur les coupes dans les dépenses
Lors de la présentation du projet de loi de financement, Bernard Cazeneuve a surtout préféré mettre l’accent sur les coupes dans les dépenses : 4 milliards d’économies dans le champ de la Sécurité sociale, pour moitié là encore déjà annoncées dans les réformes de la famille et des retraites. Un montant auquel il faut ajouter les mesures prises par les partenaires sociaux en mars sur les retraites complémentaires, ainsi que celles qui interviendront - c’est une autre surprise du chef dont on ne sait rien - l’année prochaine après la renégociation de la convention d’assurance-chômage. Soit un total de 6 milliards d’économies à réaliser.
C’est l’Assurance-maladie qui supportera la moitié de l’effort demandé. Un « effort historique », a même souligné Marisol Touraine, parce que laisser filer les déficits reviendrait à « prendre le risque de la privatisation », à terme, de la santé. Alors que les dépenses de santé progressent en rythme naturel de près de 4 % par an, le gouvernement veut donc les brider à une croissance de 2,4 % en 2014. Un objectif, là encore ambitieux, puisqu’il faut remonter à 1998 pour retrouver une progression aussi minime des dépenses de santé.
Le gouvernement s’attaque enfin à l’hôpital
Pour ce faire, pas question cette année « de réduire les droits des patients, de dérembourser certains médicaments ou d’instaurer de nouvelles franchises » non remboursées. Comme en 2013, le gouvernement préfère économiser un milliard en baissant le prix des médicaments et en continuant de favoriser le développement des génériques. Comme cette année encore, l’exécutif entend demander encore un effort aux médecins biologistes et des radiologues en rabotant leurs tarifs (de 120 millions).
La grande nouveauté du cru 2014 réside dans le fait que le gouvernement s’attaque enfin à l’hôpital. Les établissements de santé, publics comme privés, devront se contenter d’une hausse de leurs dépenses de 2,3 %, soit un niveau bien en deçà de leur progression naturelle qui avoisine 4 % l’an. Résultat, les hôpitaux devront réduire leurs dépenses de 440 millions. Via le développement de la chirurgie ambulatoire - le patient entre le matin et sort le soir -, via une attention de tous les instants sur les achats et un contrôle très strict des soins prodigués.
Le gouvernement compte enfin, pour boucler son budget, sur le report des 500 millions de dépenses que l’Assurance-maladie n’a pas décaissés en 2013.
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Guillaume Guichard
journaliste